En juillet 2023, Zoé Lemaitre s'est lancée dans une traversée audacieuse des Alpes, un projet soutenu par une Bourse Expé. Son objectif : parcourir 2150 kilomètres et accumuler 135 000 mètres de dénivelé positif en 120 jours, de la Slovénie jusqu'à Monaco et la mer Méditerranée. Ce périple est bien plus qu'une prouesse physique ; c'est une quête documentaire visant à mettre en lumière les femmes professionnelles de la montagne, des glaciologues aux guides de haute montagne en passant par les bergères, pour accroître leur visibilité et reconnaître leur contribution essentielle à cet univers. Le premier volet de son récit nous plonge dans les premières étapes de cette aventure, de son départ jusqu'aux majestueuses Dolomites, où se mêlent émerveillement face à la nature et profondes introspections sur son mode de vie et ses aspirations.
Zoé Lemaitre, armée de sa tente, de son sac à dos et de sa caméra, a entamé sa grande marche. Elle a choisi de suivre majoritairement la Via Alpina rouge, un itinéraire symbolique reliant huit nations alpines. Cependant, elle a également pris la liberté de s'écarter des sentiers battus pour explorer des chemins moins fréquentés. Son voyage a débuté à Bohinjska Bistrica en Slovénie, loin du point de départ habituel de Trieste. Dès le 5 juillet, elle s'est retrouvée aux portes du parc national du Triglav, un mélange d'excitation et d'appréhension l'envahissant. N'ayant jamais marché plus de cinq jours seule auparavant, elle se préparait à affronter quatre mois de solitude, forte de la conviction que la confiance se construirait pas à pas.
Après seulement quatre jours de marche, elle a atteint le Dreiländerck, un point de convergence culturel et géographique entre la Slovénie, l'Autriche et l'Italie. En laissant derrière elle les lacs turquoise et les paysages minéraux du parc national du Triglav, elle s'est dirigée vers les Alpes carniques, caractérisées par leurs alpages et leurs forêts désertes. Ce changement de décor a marqué une nouvelle phase de son expédition, où elle a dû faire face à des conditions météorologiques extrêmes, alternant canicules, pluies torrentielles et orages de grêle violents. Ces défis naturels ont mis à l'épreuve son équipement et son endurance, mais ont également enrichi son expérience, transformant chaque rencontre humaine en une apparition presque irréelle au milieu de la vaste solitude.
Le 25 juillet, au 21e jour de sa traversée, Zoé a exprimé ses réflexions profondes sur l'inconfort qu'elle s'imposait, mais aussi sur la nécessité de cette démarche pour remettre en question le modèle social. Elle a partagé ses doutes et ses aspirations, rejetant les chemins de vie conventionnels au profit d'une existence plus authentique et en accord avec ses valeurs. Son engagement féministe, matérialisé par ce documentaire, est une affirmation de sa volonté de se soustraire au regard d'autrui pour embrasser ses propres idéaux politiques, écologiques et amoureux. Cette aventure est une quête de soi, une manière de concrétiser ses rêves en dehors des attentes sociétales.
L'ambition de réaliser un documentaire sur les femmes de la montagne tout en parcourant jusqu'à 35 kilomètres et 2700 mètres de dénivelé par jour est un défi considérable. Dès sa première interview avec Vanja Kombal, une gardienne de refuge slovène, Zoé a pris la mesure de la tâche. Gérer les aspects techniques de l'enregistrement, poser les questions en anglais, tout en étant attentive au confort de son interlocutrice et aux exigences logistiques de la randonnée, demande une concentration constante. Sa principale préoccupation est de préserver l'authenticité des rencontres, de ne pas laisser la caméra intimider et altérer la sincérité des témoignages. Elle a appris que la clé du succès, tant dans la marche que dans le journalisme, réside dans l'écoute attentive de soi, des autres et de l'environnement qui l'entoure.
Alors qu'elle a dépassé les Tofane pour s'aventurer au cœur des falaises des Dolomites, Zoé a été captivée par la beauté minérale des paysages. Les roches aux formes variées — colonnes, blocs, cathédrales, menhirs, baleines à bosses — l'ont profondément émue, l'invitant à envisager l'étude de la géologie. Marchant dans ce « musée » naturel, elle a ressenti une connexion profonde avec le monde, se percevant comme une « poussière d'étoile » au milieu de ces formations géologiques. Ce voyage transcende le défi physique pour devenir une exploration intérieure et une célébration de la puissance et de la résilience féminines, tout en offrant une nouvelle perspective sur la relation entre l'être humain et la montagne.