Un Voyage Aérien dans le Temps au Cœur de Paris
Un passé inattendu révélé par la modernisation de la gare parisienne
Sous l'imposante structure vitrée de la Gare d'Austerlitz, jadis, de vastes ballons en toile prenaient leur envol. Bien avant les départs de trains et l'effervescence des quais, ce lieu fut le point de départ d'une aventure capitale, née au cœur d'un conflit. Cette histoire, presque oubliée, est désormais mise en lumière par la réinvention architecturale de la gare.
La mutation d'un carrefour historique
Située dans le treizième arrondissement, entre la Seine et le Jardin des Plantes, cette gare, mise en service en 1840, a connu de multiples évolutions au gré du développement ferroviaire. Reconstruite dans les années 1860 par Pierre-Louis Renaud et classée Monument Historique en 1997 pour ses façades et sa remarquable toiture, elle est aujourd'hui au centre d'un des chantiers les plus audacieux de son existence.
La renaissance d'une icône architecturale
Les travaux en cours depuis plusieurs années vont bien au-delà d'une simple remise à neuf. Considéré comme le plus vaste projet patrimonial mené par SNCF Gares & Connexions, il vise à moderniser durablement ce terminal ferroviaire, longtemps resté en marge du réseau à grande vitesse. L'éventuelle arrivée de la future LGV Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon pourrait lui redonner un rôle stratégique primordial.
L'achèvement d'une métamorphose et l'évocation d'un passé
Au cœur de cette métamorphose qui approche de sa phase finale, on peut d'ores et déjà admirer la majestueuse halle métallique conçue par Ferdinand Mathieu. Longue de 280 mètres et couronnée d'une verrière de 15 000 m², la deuxième plus grande de France après celle de Bordeaux, elle a nécessité l'installation du plus grand échafaudage d'Europe pour sa restauration. Cette renaissance architecturale prépare également un clin d'œil à son propre passé.
Quand la capitale communiquait par les airs
La phase finale de cet immense projet se concentre désormais sur la structure future installée sous la halle, dont la forme ovale, rappelant un dirigeable, est déjà visible. Ce choix, surprenant au premier abord, trouve son origine dans un épisode aussi méconnu que déterminant : le Siège de Paris en 1870.
La solution aérienne face à l'isolement
À cette période, la capitale, encerclée par les forces prussiennes, se retrouva complètement coupée du monde. Les transports ferroviaires s'arrêtèrent, les routes furent bloquées, rendant toute communication extérieure impossible. Pour maintenir le lien avec le reste du pays, ingénieurs et aéronautes élaborèrent une solution audacieuse : transporter le courrier par les airs. Inspiré par les expériences du photographe Félix Tournachon, dit Nadar, le directeur général des Postes, Germain Rampont, mit en place un système inédit de transport postal par ballon avec l'aérostier Claude-Jules Duruof. Le 23 septembre 1870, le ballon Le Neptune s'envola avec plus de cent kilos de dépêches officielles, inaugurant une organisation qui permit l'acheminement massif du courrier hors de la capitale assiégée. C'est cette extraordinaire épopée aérienne que la nouvelle architecture de la gare évoque aujourd'hui sous sa grande halle rénovée.
La Gare d'Austerlitz : un atelier de création aéronautique inattendu
Pendant le Siège de Paris, les gares cessèrent toute activité ferroviaire. Celle alors connue sous le nom de Gare d'Orléans, l'actuelle Gare d'Austerlitz, se découvrit une vocation tout à fait imprévue : elle devint un vaste atelier de fabrication de ballons montés, destinés à relier Paris au reste du territoire. Sous la direction de l'aéronaute Eugène Godard, plus d'une centaine de femmes cousirent à la main d'immenses enveloppes de soie vernie, capables de transporter passagers, courrier et matériel. Chaque ballon nécessitait près de douze jours de travail avant d'être suspendu sous la haute charpente métallique pour être gonflé au gaz d'éclairage, à l'abri du vent grâce aux dimensions exceptionnelles de la halle.
L'odyssée des ballons postaux : un pont dans l'isolement
Entre septembre 1870 et janvier 1871, soixante-sept ballons prirent ainsi leur envol depuis Paris, transportant 164 passagers, plus de deux millions de lettres, des pigeons voyageurs et du matériel militaire. Malgré les intempéries, les tirs ennemis ou les dérives imprévues qui menèrent certains ballons en pleine mer ou en territoire ennemi, ces vols constituèrent l'unique moyen de communication avec l'extérieur. C'est donc un hommage discret à cette incroyable parenthèse historique que les voyageurs pourront bientôt admirer sous la verrière rénovée de la Gare d'Austerlitz.